Guinée

Mory Condé sur le foncier immobilier : « C’est le secteur où le financement du terrorisme bat son plein… près de 90 % de l’argent mal acquis y est blanchi »

Lors du lancement des travaux du comité de pilotage de la CONAREFH à Conakry, le ministre Mory Condé a dressé un constat alarmant sur le foncier en Guinée. Il dénonce la spoliation massive des terres agricoles et industrielles et alerte sur le rôle du foncier immobilier dans le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

CONAKRY – Le foncier immobilier est devenu l’un des secteurs les plus sensibles et les plus exposés aux dérives économiques et sécuritaires. C’est le constat sans détour dressé par le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, Mory Condé, à l’occasion de la cérémonie de lancement des travaux du comité de pilotage de la Commission nationale de la réforme foncière et de l’habitat (CONAREFH), tenue ce jeudi 15 janvier 2025 à Conakry.

Chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État et président de ladite commission, le ministre a apporté des éclaircissements sur les missions de la CONAREFH, tout en mettant en lumière les difficultés profondes qui minent le secteur foncier guinéen.

Coyah, exemple d’une spoliation avancée

S’exprimant devant les membres de la commission, Mory Condé a cité les localités de Wonkifon et Kouriah, dans la préfecture de Coyah, qu’il affirme avoir été totalement spoliées, au détriment de leur vocation agricole.

« Dans le programme d’amélioration de la sécurité alimentaire, le Ministère de l’Agriculture prévoit d’accompagner des agriculteurs. Mais parfois, il y a plus d’accompagnement que de terres disponibles pour travailler », a-t-il expliqué.

Il rappelle que la Chambre Nationale de l’Agriculture, créée pour servir de pont entre l’État et les producteurs, a vu son rôle considérablement réduit au fil des années.

Des terres agricoles détournées et morcelées

Selon le ministre, l’essentiel des terres agricoles appartenant à l’État a été accaparé par des particuliers, morcelé et détourné du secteur agricole.

« Aujourd’hui, la Chambre Nationale de l’Agriculture se limite presque à la gestion des engrais. En dehors de cela, elle n’a plus de leviers pour accompagner le monde agricole, parce que les terres ont été totalement spoliées », a-t-il déploré.

Pour illustrer la gravité de la situation, Mory Condé a établi une comparaison saisissante :

« Le Bangladesh, avec seulement 6,5 millions d’hectares de terres arables, nourrit presque toute l’Afrique et une partie du Moyen-Orient. La Guinée dispose de plus de 10 millions d’hectares de terres arables, mais peine à nourrir la moitié de sa population. Et ce qui reste continue d’être spolié chaque jour ».

Mesures de protection du patrimoine foncier

Face à cette spoliation généralisée, le ministre a annoncé des mesures conservatoires, prises en collaboration avec le ministère de l’Agriculture.

« Nous avons demandé aux services de conservation foncière de ne plus matriculer de terrains agricoles sans un écrit officiel du Ministère de l’Agriculture et un avis motivé de la Chambre Nationale de l’Agriculture », a-t-il indiqué.

Il a également dénoncé la situation du foncier industriel, rappelant que la relance des anciennes unités industrielles figure parmi les engagements des autorités.

« C’est triste de constater que la plupart des domaines fonciers appartenant à ces unités industrielles ont été complètement spoliés », a-t-il regretté.

Foncier et blanchiment d’argent : un enjeu sécuritaire

Justifiant la diversité des membres du comité de pilotage de la CONAREFH, Mory Condé a mis en avant les enjeux liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme.

« Le foncier immobilier est aujourd’hui le secteur où la question du financement du terrorisme et du blanchiment d’argent bat son plein. C’est là que près de 90 % de l’argent mal acquis est blanchi », a-t-il affirmé.

C’est dans cette optique, explique-t-il, que des magistrats et des représentants du ministère de la Justice ont été intégrés aux travaux de la commission, afin que les textes législatifs et réglementaires à venir prennent en compte ces réalités majeures avant leur soumission au Premier ministre et au chef de l’État.

Vers une réforme foncière en profondeur

À travers la CONAREFH, les autorités entendent poser les bases d’une réforme foncière rigoureuse, inclusive et sécurisée, capable de protéger le patrimoine national, de lutter contre les pratiques illégales et de soutenir durablement le développement agricole et industriel de la Guinée.

Dossier à suivre.

djamanainfo.com

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