Recrutement présumé d’enseignants sénégalais par des universités guinéennes : Dakar recadre le débat
Une controverse née autour du supposé recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par des universités guinéennes a suscité une réaction officielle des autorités de Dakar. En toile de fond, un accord de coopération universitaire signé en mai 2025 entre les deux pays, dont l’interprétation fait débat.

Une polémique agite depuis plusieurs jours les milieux universitaires et politiques au Sénégal. En cause : des informations faisant état d’un recrutement présumé d’enseignants-chercheurs sénégalais par des universités guinéennes, alimentant des accusations de « fuite des cerveaux » et suscitant de vives réactions dans la presse et l’opinion publique sénégalaises.
Face à l’ampleur du débat, le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) est sorti de sa réserve. Dans une mise au point publiée le lundi 5 janvier 2026, l’institution dénonce une lecture jugée approximative de la situation et appelle à une clarification des termes employés.
Au cœur de la controverse figure l’usage du mot « recrutement », que plusieurs observateurs estiment impropre. Pour certains universitaires sénégalais, il s’agirait en réalité de mécanismes de mobilité académique encadrés par un accord-cadre de coopération scientifique signé le 23 mai 2025 entre Conakry et Dakar. Les deux pays sont liés par des cadres régionaux communs, notamment le CAMES et la CEDEAO, qui encouragent les échanges d’enseignants et de chercheurs.
Le protocole d’accord prévoit notamment l’appui à des programmes conjoints de recherche, la participation d’universités sénégalaises à des initiatives guinéennes de formation avancée — dont les programmes dits « 1000 doctorants et 5000 masters » — ainsi que le renforcement de la mobilité académique entre les deux États.
Côté guinéen, cette coopération est présentée comme un axe central de la réforme de l’enseignement supérieur engagée par les autorités. L’objectif affiché est de renforcer les capacités nationales en s’appuyant sur des partenariats régionaux, dans une logique de transfert de compétences et de montée en gamme du système universitaire.
Mais à Dakar, le ministère tient à poser des garde-fous. Dans son communiqué, le MESRI rappelle qu’« un enseignant-chercheur sénégalais ne saurait être engagé par contrat de travail dans la fonction publique d’un autre État, en dehors des mécanismes de coopération dûment ratifiés ». Le texte invoque la loi n° 61-33, qui consacre le principe d’exclusivité de l’emploi dans la fonction publique sénégalaise.
Les recteurs des universités publiques ont ainsi été instruits de procéder à des vérifications rigoureuses afin d’éviter toute situation assimilable à un cumul irrégulier d’emplois. Tout en défendant l’attractivité du système universitaire sénégalais, que les autorités présentent comme l’un des plus compétitifs de l’espace francophone subsaharien, le ministère se veut néanmoins rassurant.
Dakar réaffirme son attachement à la coopération académique régionale et indique que les modalités d’application du protocole de mai 2025 seront précisées dans le cadre d’un comité de suivi conjoint, dont les conclusions seront rendues publiques ultérieurement.
Entre intégration universitaire africaine et protection des cadres nationaux, cette affaire met en lumière les tensions récurrentes autour de la circulation des compétences sur le continent, à l’heure où plusieurs États engagent de profondes réformes de leurs systèmes d’enseignement supérieur.
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